
| Brief : Une femme peut recevoir une ijaza (l’autorisation de transmettre le Coran ou une science religieuse) et elle peut aussi en délivrer une, y compris à des hommes, en respectant les règles de pudeur fixées par les textes (pas d’isolement, une voix sans complaisance, une tenue conforme). L’histoire de l’islam compte des centaines de savantes qui ont enseigné et transmis, et des imams comme Ibn Hajar ont reçu des ijazas de femmes. La permission n’empêche pas de préférer un cadre plus simple. Chez Ayacademia, l’enseignement se fait entièrement entre femmes, de l’enseignante aux élèves. |
Recevoir la science du Coran, puis la transmettre à son tour, font partie des plus beaux objectifs qu’une étudiante en sciences religieuses puisse se fixer. Mais la transmission se déroule parfois en présence d’hommes, chez un cheikh, dans une mosquée ou en visioconférence, et beaucoup de sœurs veulent progresser dans la science sans sortir des limites qu’Allah a fixées.
Les savants ont répondu à cette question depuis longtemps, et des savantes ont transmis le Coran et le hadith à toutes les époques. Que disent les textes sur la femme qui apprend ou enseigne le Coran à ou devant un homme ? Les conditions à respecter quand des hommes sont présents.
Sommaire
Qu’est-ce qu’une ijaza et comment se transmet-elle ?
L’ijaza est l’autorisation de transmettre le Coran ou une science religieuse, délivrée par un maître qui détient lui-même une chaîne de transmission (sanad) remontant au Prophète ﷺ. Pour le Coran, elle s’obtient en récitant l’intégralité du Livre, de mémoire ou par lecture selon le type d’ijaza, devant la personne qui la détient. Celle-ci écoute, corrige et atteste ensuite que la récitation est conforme à la lecture transmise, comme la lecture de Hafs d’après ‘Âsim répandue en France.
Une ijaza ne s’achète pas et ne se transmet pas par écrit, elle s’entend (c’est le talaqqî, la transmission de bouche à oreille). La personne qui la délivre doit avoir écouté votre récitation en entier, séance après séance, souvent pendant des années. Ce long face-à-face fait hésiter certaines sœurs lorsque le titulaire est un homme.
Une femme peut-elle recevoir une ijaza ?
Aucun savant ne conteste ce droit. La quête de la science est une obligation pour tout musulman (rapporté par Ibn Mâjah, n° 224, authentifié par al-Albânî), et les femmes de la première génération l’ont prise au sérieux au point de devenir des références. Les compagnons eux-mêmes venaient interroger ‘Âisha lorsqu’un hadith leur posait difficulté, et Abû Mûsâ al-Ach’arî disait qu’ils trouvaient toujours chez elle une science à ce sujet (rapporté par At-Tirmidhî, n° 3883, jugé authentique).
Une femme a demandé aux savants si elle pouvait partir un an à l’étranger pour obtenir son ijaza du Coran. Ils n’ont pas discuté le principe, qu’ils considèrent louable, mais uniquement les conditions du déplacement, car le Prophète ﷺ a interdit à la femme de voyager sans mahram (Sahîh al-Bukhârî, n° 1087). Recevoir une ijaza est donc pour une femme un objectif légitime et même encouragé.
Une femme peut-elle enseigner et délivrer une ijaza à des hommes ?
Dâr al-Iftâ d’Égypte a été interrogée sur une femme chargée d’enseigner les sciences coraniques à des hommes. L’institution a affirmé que rien n’interdit que les hommes apprennent des femmes et inversement. Ce que la charia interdit reste précis, l’isolement d’un homme et d’une femme (Sahîh al-Bukhârî, n° 5233), le contact physique et le laisser-aller dans la tenue ou la parole. La simple présence commune dans une salle de cours, elle, ne constitue pas un interdit. La même institution rappelle que plus de 1 500 femmes sont documentées comme juristes, transmettrices de hadiths et femmes de science dans l’histoire musulmane.
Les épouses du Prophète ﷺ ont enseigné la religion aux hommes de leur époque, et des étudiants comme ‘Urwa ibn az-Zubayr ou Masrûq comptent parmi les élèves de ‘Âisha. Après elles, les biographes rapportent qu’Oumm ad-Dardâ’ enseignait à Damas et compta le calife ‘Abd al-Mâlik parmi ses élèves, que Karîma al-Marwaziyya fut de son vivant la transmettrice la plus recherchée du Sahîh d’al-Bukhârî, que Chouhda al-Kâtiba enseignait à Bagdad devant de larges assemblées, et que Fâtima bint Ibrâhîm forma des savants dans la mosquée même du Prophète ﷺ. L’imam Ibn Hajar, l’un des plus grands commentateurs du Sahîh d’al-Bukhârî, a reçu des ijazas de femmes, dont ‘Âisha bint ‘Abd al-Hâdî, qui détenait à son époque la chaîne de transmission la plus courte de ce recueil.
Une ijaza délivrée par une femme a d’ailleurs exactement la même valeur que celle d’un homme. Ce qui compte dans un sanad est la fiabilité de chaque maillon, pas son genre, et les plus grands savants ont recherché les chaînes de ces savantes précisément pour leur qualité.
Quelles conditions quand des hommes sont présents ?
Allah dit aux épouses du Prophète ﷺ « ne soyez pas trop complaisantes dans votre langage, afin que celui dont le cœur est malade ne vous convoite pas » (sourate Al-Ahzâb, verset 32), et les savants appliquent cette règle à toute croyante. Un échange entre un enseignant homme et une élève femme, ou l’inverse, se limite donc au nécessaire, avec une voix naturelle, sans familiarité ni plaisanterie.
Les autres règles restent celles de toute rencontre entre hommes et femmes, pas d’isolement, une tenue conforme, le regard baissé de part et d’autre et aucun contact. Dans ce cadre, la transmission en présence d’hommes a existé à toutes les époques, dans les mosquées et les assemblées de science. Une femme qui récite devant un cheikh pour valider son ijaza le fait par nécessité d’apprentissage, avec sobriété, et les savants recommandent la retenue dans l’embellissement de la voix devant des hommes étrangers.
Apprendre entre femmes, le choix que nous avons fait
Beaucoup de femmes, tout en connaissant cette permission, se sentent plus libres d’apprendre entre femmes. Réciter à pleine voix, refaire dix fois la même lettre, se faire corriger la position de la bouche devant une caméra, tout cela se vit plus simplement quand la classe est entièrement féminine. C’est le choix que nous avons fait chez Ayacademia. Notre enseignante, titulaire d’une ijaza dans la lecture de Hafs, n’enseigne qu’à des femmes, en direct et en petits groupes, de l’initiation à la lecture jusqu’à la mémorisation. Découvrez nos classes de Coran pour femmes et leurs créneaux pour cette année.
Vos questions sur l’ijaza au féminin
Qu’Allah fasse de nous des maillons fidèles de la transmission de Son Livre. Si vous souhaitez faire évaluer votre niveau et rejoindre une classe entre femmes, contactez notre équipe, nous vous répondrons rapidement.