Explication des règles du noûn as-sâkina et du tanwîn
Brief : Quand un noûn sans voyelle (نْ) ou un tanwîn est suivi d’une autre lettre, quatre règles se partagent l’alphabet. Al-izhâr (la clarification) devant les 6 lettres de la gorge, al-idghâm (l’assimilation) devant les lettres du mot yarmaloûn, al-iqlâb (la substitution en mîm) devant le bâ, et al-ikhfâ’ (la dissimulation nasalisée) devant les 15 lettres restantes. Ces règles s’entendent à chaque page du Coran, dès la Fâtiha.

Le noûn as-sâkina et le tanwîn forment en général le premier chapitre que l’on étudie en tajwid. On les rencontre partout dans le Coran, dès la sourate Al-Fâtiha, et il est impossible de réciter correctement sans connaître leurs règles.

Dans cet article, découvrez les quatre règles du noûn as-sâkina et du tanwîn (al-izhâr, al-idghâm, al-iqlâb et al-ikhfâ’), les lettres concernées par chacune, des exemples tirés du Coran et des tableaux récapitulatifs.

Le noûn as-sâkina et le tanwîn, de quoi parle-t-on ?

Le noûn as-sâkina est un noûn qui porte un soukoûn (نْ), donc sans voyelle. Il est présent à l’écrit comme à l’oral, au milieu ou à la fin d’un mot, dans un nom, un verbe ou une particule.

Le tanwîn est la double voyelle qui termine certains noms, deux fatha (ــًـ) pour le son « an », deux kasra (ــٍـ) pour le son « in », deux damma (ــٌـ) pour le son « oun ». Le mot أَلِيمًا se lit « alîman », أَلِيمٍ se lit « alîmin » et أَلِيمٌ se lit « alîmoun ». Le noûn s’entend à l’oral mais ne s’écrit pas, le tanwîn produit exactement le son d’un noûn as-sâkina.

Même son, mêmes règles. Selon la lettre qui suit, votre langue prononcera ce noûn de deux façons, soit clairement, la pointe posée à la racine des incisives supérieures, soit dissimulé ou assimilé avec une nasalisation, la langue restant au milieu de la bouche. Les quatre règles qui suivent précisent quand faire l’un ou l’autre.

Al-izhâr, la clarification

Al-izhâr signifie la mise en évidence, la clarté. Vous appliquez cette règle quand le noûn as-sâkina ou le tanwîn est suivi d’une des six lettres de la gorge (أ هـ ع ح غ خ), que les deux lettres soient dans le même mot ou sur deux mots qui se suivent. Le noûn se prononce alors clairement, sans nasalisation prolongée (la ghounna reste partielle).

Vous le faites déjà dans chaque prière. Dans أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ (sourate Al-Fâtiha, verset 7), le noûn précède un ‘ayn et se prononce distinctement. Même chose dans مِنْ خَيْرٍ, et pour le tanwîn dans عَذَابٌ عَظِيمٌ (sourate Al-Baqara, verset 7).

Al-idghâm, l’assimilation

Al-idghâm signifie l’emboîtement. Devant les six lettres réunies dans le mot يَرْمَلُونَ (yarmaloûn, soit ي ر م ل و ن), le noûn as-sâkina ou le tanwîn se fond dans la lettre qui suit, et cette lettre devient doublée, comme si elle portait une chadda. Cette règle ne s’applique qu’entre deux mots, jamais à l’intérieur d’un même mot.

Type d’idghâmLettresNasalisationExemple
Avec ghounna (idghâm nâqis, partiel)ي ن م وGhounna complète de 2 tempsلَهَبٍ وَتَبَّ (Al-Masad, v. 1)
Sans ghounna (idghâm kâmil, complet)ل رAucune, le noûn disparaît entièrementهُدًى لِّلْمُتَّقِينَ (Al-Baqara, v. 2)

Quatre mots du Coran font exception. Le noûn y est suivi d’une lettre d’idghâm dans le même mot, et on y applique alors la clarification, jamais l’assimilation. Ce sont الدُّنْيَا (ad-dounyâ), بُنْيَان (bounyân), صِنْوَان (sinwân) et قِنْوَان (qinwân).

Al-iqlâb, la substitution

Une seule lettre déclenche cette règle, le bâ (ب). Le noûn as-sâkina ou le tanwîn se transforme alors en mîm, accompagné d’une ghounna complète de 2 temps. La raison est simple à sentir en récitant, le bâ sort des lèvres comme le mîm, et cette substitution rend le passage fluide. Posez les lèvres l’une sur l’autre sans les presser, puis relâchez-les sur le bâ.

Vous l’entendez dans لَيُنۢبَذَنَّ (sourate Al-Houmaza, verset 4), lu « layoumbadhanna », dans مِنۢ بَعْدِ « mim ba’di » et dans سَمِيعٌۢ بَصِيرٌ « samî’oum basîr ». Les savants du tajwid signalent au passage que le nom exact de cette règle en arabe classique est al-qalb, la transformation.

Al-ikhfâ’, la dissimulation

Les quinze lettres restantes de l’alphabet (ت ث ج د ذ ز س ش ص ض ط ظ ف ق ك) déclenchent la dissimulation. Le noûn s’y prononce à mi-chemin entre la clarification et l’assimilation, sans appuyer, avec une ghounna complète de 2 temps, puis la lettre suivante arrive de façon claire. La règle vaut à l’intérieur d’un mot comme entre deux mots.

La difficulté est dans la langue. Elle ne doit plus toucher la gencive comme pour un noûn clair, elle se place près du point de sortie de la lettre qui suit, ni trop proche ni trop loin. Écoutez كُنتُمْ « kountoum », وَمَا أَنتُمْ (sourate Al-Kâfiroûn, verset 3), مِّن جُوعٍ (sourate Qouraych, verset 4) ou مِن شَرِّ مَا خَلَقَ (sourate Al-Falaq, verset 2). Petit raffinement que votre enseignante vous fera entendre, la ghounna prend l’emphase de la lettre qui suit, pleine devant les lettres emphatiques comme ص ط ظ ق, fine devant les autres.

Le tableau récapitulatif des quatre règles du noûn as-sâkina et le tanwîn

RègleLettresGhounnaExemple du Coran
Al-izhâr (la clarification)Les 6 lettres de la gorge أ هـ ع ح غ خBrève (partielle)أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ (Al-Fâtiha, v. 7)
Al-idghâm (l’assimilation)ي ر م ل و ن (le mot yarmaloûn)Complète avec ي ن م و, aucune avec ل رخَيْرًا يَرَهُ (Az-Zalzala, v. 7)
Al-iqlâb (la substitution)ب uniquementComplète, 2 temps, sur le mîmلَيُنۢبَذَنَّ (Al-Houmaza, v. 4)
Al-ikhfâ’ (la dissimulation)Les 15 lettres restantes ت ث ج د ذ ز س ش ص ض ط ظ ف ق كComplète, 2 tempsمِّن جُوعٍ (Qouraych, v. 4)

Le mushaf vous aide aussi à repérer la bonne règle pendant la lecture, à condition de connaître ses conventions d’écriture.

Ce que vous voyez dans le mushafCe qu’il faut appliquer
Le soukoûn est dessiné sur le noûn, les deux harakas du tanwîn sont parallèlesAl-izhâr, le noûn se prononce clairement
Le noûn est nu (sans soukoûn), les harakas du tanwîn sont décalées, la lettre suivante porte une chaddaAl-idghâm, le noûn se fond dans la lettre suivante
Un petit mîm est posé au-dessus du noûn ou du tanwînAl-iqlâb, le noûn se prononce mîm
Le noûn est nu, les harakas sont décalées, la lettre suivante ne porte pas de chaddaAl-ikhfâ’, le noûn se dissimule avec la ghounna

Comment travailler ces règles ?

Lisez lentement et une règle à la fois. Prenez une page du Coran, un crayon, et repérez d’abord tous les noûn as-sâkina et les tanwîn, puis la lettre qui les suit. Récitez ensuite la page en soignant uniquement ce point, l’oreille se forme par répétition. L’écoute d’un récitateur au tartîl lent, page en main, ancre les bons réflexes. Il restera l’essentiel, réciter devant quelqu’un qui vous corrige, car on croit souvent faire une ghounna de 2 temps alors qu’on la coupe à moitié.

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Vos questions sur le noûn as-sâkina et le tanwîn

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