
Le mîm porte parfois un soukoûn, l’absence de voyelle, tout comme le noûn dans l’article sur le noûn as-sâkina. Contrairement au mîm et au noûn mouchaddatayn vus dans l’article précédent, où la règle reste fixe quelle que soit la suite, le mîm as-sâkina se comporte comme le noûn as-sâkina, sa règle dépend de la lettre qui le suit.
Découvrez les trois règles du mîm as-sâkina, al-ikhfâ’ chafawi, al-idghâm chafawi et al-izhâr chafawi ainsi que les lettres concernées par chacune.
Sommaire
Le mîm as-sâkina, de quoi parle-t-on ?
Le mîm est une lettre labiale, elle se prononce par le contact des deux lèvres. Le mîm as-sâkina est ce même mîm lorsqu’il porte un soukoûn, sans voyelle, au milieu ou à la fin d’un mot.
Quand ce mîm est suivi d’une autre lettre, trois règles peuvent s’appliquer selon cette lettre suivante, la dissimulation, l’assimilation ou la clarification. Le système reste plus simple que celui du noûn as-sâkina, il n’y a ici aucun mot d’exception à mémoriser, la lettre qui suit décide seule de la règle.
Pourquoi le mîm et le noûn se nasalisent
Le mîm et le noûn partagent un point de sortie particulier, le khaychoum, la cavité nasale. Une petite part du son de ces deux lettres passe toujours par le nez, même quand elles sont prononcées normalement. C’est cette nasalisation naturelle qui s’intensifie en ghounna complète dès que la lettre porte une chadda, comme pour le mouchaddatayn vu dans l’article précédent, ou se retrouve renforcée dans les cas d’ikhfâ’ et d’idghâm détaillés plus bas. C’est aussi pour cette raison que l’izhâr chafawi n’efface jamais complètement la ghounna, il la réduit seulement à son niveau naturel d’un temps, sans jamais la supprimer.
Al-ikhfâ’ chafawi, la dissimulation labiale
Une seule lettre déclenche cette règle, le bâ (ب). On l’appelle ikhfâ’ « chafawi », labial, parce qu’il sort des deux lèvres, comme le mîm et le bâ eux-mêmes. Certains savants du tadjwîd y ont vu un izhâr, mais cet avis reste très minoritaire.
Techniquement, le mîm se dissimule, prononcé d’une façon entre la clarification et l’assimilation, avec un nasillement complet de deux temps. Le bâ qui suit, lui, se prononce clairement. Les savants divergent sur la position exacte des lèvres, certains les collent, d’autres laissent un tout petit espace, comme pour laisser passer une feuille de papier, les deux manières sont admises.
Vous l’entendez dans la sourate Al-Fîl, verset 4
تَرْمِيهِم بِحِجَارَةٍ
Dans la sourate Al-‘Alaq, verset 14
أَلَمْ يَعْلَم بِأَنَّ اللَّهَ
et dans la sourate Al-Ghâchiya, verset 22
لَّسْتَ عَلَيْهِم بِمُصَيْطِرٍ.
Al-idghâm chafawi, l’assimilation labiale
Cette règle de tajwid s’applique quand le mîm as-sâkina est suivi d’un autre mîm portant une voyelle. On l’appelle aussi idghâm al-moutamathilayn, l’assimilation de deux lettres identiques.
Techniquement, les deux mîm fusionnent en une seule lettre, prononcée avec une chadda et un nasillement complet de deux temps, en appuyant cette fois franchement les deux lèvres l’une contre l’autre. Un détail curieux le confirme à l’écrit, ce deuxième mîm porte une chadda dans le mushaf, alors qu’un mot arabe ne commence jamais par une chadda. Ce signe montre précisément qu’il faut fusionner les deux lettres.
Vous le retrouvez dans la sourate Al-Baqara, verset 10
فِي قُلُوبِهِم مَّرَضٌ
, dans la sourate Quraych, verset 4
أَطْعَمَهُم مِّن جُوعٍ
et dans la sourate Al-Houmaza, verset 8
عَلَيْهِم مُّؤْصَدَةٌ
Al-izhâr chafawi, la clarification labiale
Cette règle couvre toutes les autres lettres de l’alphabet arabe, les 26 qui restent une fois le bâ et le mîm mis à part. Le mîm as-sâkina se prononce alors normalement et distinctement, sans nasillement prolongé.
La ghounna reste présente mais réduite à un seul temps naturel, le mîm partage avec le noûn le même point de sortie, le khaychoum, la cavité nasale. Deux lettres demandent une attention particulière, le wâw et le fâ, elles partagent avec le mîm le même point de sortie labial, ce qui pousse facilement à les dissimuler par erreur. Prononcez le mîm as-sâkina plus nettement devant elles pour éviter un ikhfâ’ involontaire.
Vous l’entendez dans لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ (sourate Al-Ikhlâs, verset 3), dans وَلَا أَنتُمْ عَابِدُونَ (sourate Al-Kâfiroûn, verset 5) et dans لَكُمْ دِينُكُمْ (verset 6), et pour le cas du wâw et du fâ, dans وَهُمْ فِيهَا (sourate Al-Mouminoûn, verset 104) et عَلَيْهِمْ وَلَا (sourate Al-Fâtiha, verset 7).
| Règle | Lettre suivante | Technique | Ghounna |
| Ikhfâ’ chafawi | bâ (ب) | Mîm dissimulé, lèvres légères | 2 temps |
| Idghâm chafawi | mîm vocalisé (م) | Fusion des 2 mîm, lèvres pressées | 2 temps |
| Izhâr chafawi | 26 autres lettres | Mîm net et distinct | 1 temps |
Repérer cette règle rapidement
Le mîm as-sâkina termine énormément de mots très courants du Coran, en particulier les suffixes de pronoms au pluriel. Les reconnaître accélère la lecture de cette règle bien plus que d’apprendre une liste de lettres par cœur.
- ـهُمْ (houm), « eux, leur » : très fréquent en fin de mot, la lettre suivante décide de la règle.
- ـتُمْ (toum), « vous avez » : même principe, à surveiller après chaque verbe conjugué au pluriel.
- ـكُمْ (koum), « vous, votre » : l’un des suffixes les plus répétés du Coran.
- كُنتُمْ (kountoum), « vous étiez » : un verbe conjugué très courant qui se termine par ce même mîm.
Dans ces cas, une seule question compte, quelle lettre suit ce mîm. Un bâ donne l’ikhfâ’, un mîm donne l’idghâm, toutes les autres lettres donnent l’izhâr.
Les erreurs fréquentes à corriger
Les débutantes butent presque toutes sur les mêmes erreurs, autant les connaître à l’avance.
- Appliquer l’ikhfâ’ à toutes les lettres proches du bâ par réflexe, alors qu’une seule lettre déclenche cette règle.
- Adoucir le mîm as-sâkina devant un wâw ou un fâ au point de le dissimuler, alors que l’izhâr doit ici rester net.
- Ne pas tenir les deux temps complets de la ghounna sur l’ikhfâ’ et sur l’idghâm.
- Presser les lèvres aussi fort sur l’ikhfâ’ que sur l’idghâm, alors que l’ikhfâ’ reste un contact léger.
- Oublier complètement la ghounna sur l’izhâr chafawi, alors qu’un temps naturel reste toujours présent.
Ne pas confondre avec le noûn as-sâkina et le mouchaddatayn
Le mîm as-sâkina suit la même logique que le noûn as-sâkina vu dans le premier article de cette série, sa règle dépend de la lettre suivante. Le système reste toutefois plus simple, trois règles au lieu de quatre, et aucun mot d’exception à mémoriser. Le mîm et le noûn mouchaddatayn, eux, fonctionnent tout autrement, leur ghounna de deux temps s’applique toujours, sans dépendre d’aucune lettre suivante.
Comment travailler cette règle ?
Reprenez une page du Coran et repérez chaque mîm portant un soukoûn, puis regardez la lettre qui suit avant de réciter. Ralentissez sur les trois cas particuliers, la dissimulation devant le bâ, l’assimilation devant un mîm vocalisé, et la vigilance à garder devant un wâw ou un fâ. Écoutez ensuite un récitateur au tartîl lent sur les mêmes passages pour caler votre oreille, puis faites-vous corriger à l’oral, cette règle se perd vite sans correction régulière.
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Vos questions sur le mîm as-sâkina
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