Explications des règles des prolongations tajwid

Lorsque vous faites la lecture du Coran, une voyelle longue ne dure pas toujours le même temps, puisque la voix s’y attarde 2, 4, 5 ou 6 temps selon la lettre qui la suit. Ces durées obéissent à des règles précises que l’on appelle les prolongations (al-moudoûd, au singulier al-madd), et on les rencontre dans presque chaque verset.

Elles viennent après le noûn as-sâkina et le tanwîn, le mîm et le noûn mouchaddatayn et le mîm as-sâkina, déjà expliqués dans cette série sur les règles du tajwid, et elles reposent sur la même unité de mesure, le temps. Dans cet article, découvrez la prolongation naturelle de 2 temps, les dix autres prolongations avec leur durée, les lettres séparées du début des sourates, les erreurs à corriger et la façon de reconnaître chaque cas en lisant.

Les prolongations (al-moudoûd), de quoi parle-t-on ?

On appelle madd (« ajout » en arabe) le fait de prolonger la voix sur certaines lettres pendant la récitation. Les savants ont classé ces prolongations, notamment dans le poème al-Jazariya de l’imam Ibn Al-Jazary, selon ce qui suit la lettre allongée.

Trois lettres seulement allongent la voix, que l’on appelle les lettres de prolongation (houroûf al-madd), et chacune exige juste avant elle la voyelle courte qui lui correspond.

Un yâ ou un wâw qui porte lui-même une voyelle, comme dans يَدٌ (yadoun) ou وَلَدٌ (waladoun), reste une simple consonne, si bien qu’aucune prolongation ne s’applique.

Pour mesurer la durée, on compte en temps (haraka), et un temps correspond au mouvement d’un doigt que l’on plie ou que l’on déplie. Deux temps font donc un doigt plié puis déplié, quatre temps deux allers-retours et six temps trois, un repère simple pour entraîner son oreille avant de s’appuyer sur l’écoute d’un récitateur.

On distingue deux familles. L’allongement principal (al-madd al-asli) ne dépend d’aucune hamza ni d’aucun soukoûn et dure toujours 2 temps, avec la prolongation naturelle et quatre variantes. L’allongement spécifique (al-madd al-far’i) apparaît lorsqu’une hamza ou un soukoûn suit la lettre de prolongation, et sa durée augmente alors, avec six prolongations différentes.

Quelles sont les prolongations de 2 temps ?

Il faut tenir 2 temps dans cinq cas, la prolongation naturelle et ses quatre variantes, le badal, le ‘iwad, la sila soughra et le tamkîn, et jamais davantage.

Le madd tabi’i, la prolongation naturelle

Dans الرَّحْمَٰنِ (sourate Al-Fâtiha, verset 1), vous tenez le alif 2 temps, parce que rien ne l’allonge davantage, et on appelle cela le madd tabi’i, la prolongation naturelle. Il faut tenir 2 temps, pas un de plus, lorsqu’une lettre de prolongation n’est ni précédée ni suivie d’une hamza ou d’un soukoûn, puisque toute durée supplémentaire relève des autres prolongations.

Beaucoup de mots très courants du Coran s’écrivent sans alif et se lisent pourtant avec 2 temps, et cela surprend au début, si bien qu’il faut apprendre à les reconnaître.

Certains mushafs marquent ces 2 temps par un petit alif, un petit yâ ou un petit wâw. À l’inverse, lorsqu’un petit rond surmonte un alif écrit, comme dans وَلَا أَنَا۠ عَابِدٌ (sourate Al-Kâfiroûn, verset 4), vous ne prononcez pas cet alif quand vous enchaînez, et il n’y a donc aucune prolongation.

Le madd badal, le remplacement

Quand une lettre de prolongation vient juste après une hamza, vous la tenez 2 temps, et on appelle cela le madd badal, le « remplacement ». Le mot comptait à l’origine deux hamza, et la lettre de prolongation a pris la place de la seconde, sans voyelle, d’où آمَنَ à partir de أَأْمَنَ.

On le rencontre dans آمَنَ الرَّسُولُ (sourate Al-Baqara, verset 285), dans أُوتُوا الْكِتَابَ (sourate Al-Baqara, verset 101) et dans إِيمَانًا (sourate Al-Anfâl, verset 2). Retenez le contraste avec les cas suivants, car une hamza placée avant la lettre donne 2 temps, alors qu’une hamza placée après donne 4 ou 5 temps.

Le madd ‘iwad, la compensation

Lorsque vous vous arrêtez sur un mot qui se termine par un tanwîn fatha (deux fatha, le son « an »), vous remplacez ce tanwîn par un alif que vous tenez 2 temps, d’où le nom de ‘iwad, la « compensation ». Vous le faites sur ضَبْحًا (sourate Al-‘Âdiyât, verset 1), que vous terminez par « dabhâ » à l’arrêt.

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Seul le tanwîn fatha produit cette prolongation, car sur un tanwîn damma ou kasra vous supprimez le tanwîn, et sur une tâ marbouta comme dans رَحْمَةً vous prononcez « rahmah » à l’arrêt, sans aucun allongement. Si vous enchaînez avec le mot suivant, vous prononcez le tanwîn comme d’habitude et la prolongation disparaît.

Le madd as-sila soughra, la petite jonction

Le hâ’ (هُ ou هِ) qui termine un mot sert de pronom de la troisième personne du masculin singulier, « lui » ou « son ». Lorsque ce hâ’ se trouve entre deux lettres vocalisées et que la lettre suivante n’est pas une hamza, vous l’allongez de 2 temps, comme dans فَأَثَرْنَ بِهِ نَقْعًا (sourate Al-‘Âdiyât, verset 4) ou dans أَلَمْ نَجْعَل لَّهُ عَيْنَيْنِ (sourate Al-Balad, verset 8).

Vous n’allongez pas le hâ’ lorsqu’il suit une lettre sans voyelle ou une voyelle longue, ni lorsqu’il porte lui-même un soukoûn, et vous le lisez alors en un seul temps, comme dans وَرَضُوا عَنْهُ (sourate Al-Bayyina, verset 8). Le Coran compte aussi quelques cas particuliers que votre enseignante vous fera repérer. Dans فِيهِ مُهَانًا (sourate Al-Furqân, verset 69), vous faites la jonction malgré la voyelle longue qui précède, et dans يَرْضَهُ لَكُمْ (sourate Az-Zoumar, verset 7), le hâ’ reste bref alors que la règle l’allongerait.

Le madd at-tamkîn, l’affermissement

Lorsque deux yâ ou deux wâw se suivent et que l’un des deux est une lettre de prolongation, il faut bien tenir ses 2 temps. Sinon, les deux lettres se fondent l’une dans l’autre et vous faites une assimilation (idghâm) que la règle n’autorise pas ici, d’où le nom de tamkîn, l’« affermissement ».

On l’entend dans حُيِّيتُم (sourate An-Nisâ’, verset 86), où le yâ de prolongation suit le yâ doublé, et dans آمَنُوا وَعَمِلُوا (sourate Al-Baqara, verset 277), où le wâw de آمَنُوا précède le wâw de وَعَمِلُوا.

Quelles sont les prolongations liées à une hamza ?

Lorsqu’une hamza suit la lettre de prolongation, la voix s’attarde plus longtemps, de 4 ou 5 temps, et le nom de la prolongation dépend de l’endroit où se trouve cette hamza.

Le madd wâjib mouttasil, la prolongation obligatoire dans un mot

Dans جَاءَ (sourate An-Nasr, verset 1), يُرَاءُونَ (sourate Al-Mâ’oûn, verset 6) ou وَجَاءَ رَبُّكَ (sourate Al-Fajr, verset 22), la hamza suit le alif dans le même mot, et on appelle cette situation le madd mouttasil, le « lié ». Il est obligatoire (wâjib), donc on ne le raccourcit jamais à 2 temps, et il faut le tenir 4 ou 5 temps.

Lorsque le choix existe entre 4 et 5 temps, il faut en retenir un et s’y tenir jusqu’à la fin de la lecture, parce que passer de l’un à l’autre au fil des versets rend la récitation irrégulière. Dans plusieurs mushafs, un petit trait ondulé (la maddah) au-dessus de la lettre marque ces prolongations de 4 ou 5 temps.

Le madd jâ’iz mounfasil, la prolongation permise entre deux mots

Dans لَا أَعْبُدُ (sourate Al-Kâfiroûn, verset 2), رَبِّي أَهَانَنِ (sourate Al-Fajr, verset 16) ou إِنَّا أَعْطَيْنَاكَ (sourate Al-Kawthar, verset 1), la lettre de prolongation termine un mot et la hamza commence le suivant. On appelle cela le madd mounfasil, le « séparé ». En Hafs, il faut le tenir 4 ou 5 temps, alors que certaines lectures le raccourcissent à 2 temps, d’où son nom de « permis » (jâ’iz).

Pour ne pas le confondre avec le mouttasil, souvenez-vous que celui-ci se trouve dans un seul mot, alors que le mounfasil traverse deux mots. Dans les deux cas, il faut garder le même nombre de temps du début à la fin de la lecture.

Le madd as-sila koubra, la grande jonction

Le hâ’ pronom vu plus haut peut aussi précéder une hamza, comme dans مَالَهُ أَخْلَدَهُ (sourate Al-Houmaza, verset 3), et on l’allonge alors de 4 ou 5 temps, avec une préférence des savants pour 4 temps. Dans certains mushafs, un petit trait ondulé au-dessus du petit wâw ou de la petite virgule qui accompagne le hâ’ marque ce cas.

Quelles sont les prolongations liées à un soukoûn ?

Quand un soukoûn suit la lettre de prolongation, on distingue trois cas selon que ce soukoûn n’apparaît qu’à l’arrêt ou que le mot le porte déjà.

Le madd ‘âridou as-soukoûn, la prolongation due à l’arrêt

Lorsque vous vous arrêtez sur un mot comme الرَّحِيمِ ou نَسْتَعِينُ, la dernière lettre perd sa voyelle. Un soukoûn apparaît alors juste après la lettre de prolongation, et on parle de madd ‘âridou as-soukoûn, la prolongation due à un soukoûn « accidentel ». Vous tenez alors 2, 4 ou 6 temps selon votre vitesse de récitation, soit 2 temps pour une récitation rapide, 4 pour une vitesse moyenne et 6 pour une récitation lente.

Cette prolongation n’existe que si vous vous arrêtez, comme à la fin du verset 1 puis du verset 5 de la Fâtiha. Lorsque vous enchaînez avec le mot suivant, la dernière lettre garde sa voyelle et vous revenez à la prolongation naturelle de 2 temps.

Lire aussi :  Explications des règles du mîm as-sâkina

Le madd lîn, la prolongation douce

Quand vous vous arrêtez sur قُرَيْشٍ (sourate Quraych, verset 1) ou sur خَوْفٍ (sourate Quraych, verset 4), l’avant-dernière lettre est un yâ ou un wâw portant un soukoûn et précédé d’une fatha. Vous faites alors un madd lîn, la prolongation « douce », en allongeant ce yâ ou ce wâw de 2, 4 ou 6 temps, avec la même logique de vitesse que pour le ‘âridou as-soukoûn.

Le madd lâzim, la prolongation obligatoire de 6 temps

Certaines prolongations ne laissent aucun choix, comme celle de الضَّالِّينَ (sourate Al-Fâtiha, verset 7), où un soukoûn obligatoire, écrit dans le mot, suit la lettre de prolongation. On parle de madd lâzim, le « nécessaire », et il faut toujours le tenir 6 temps, que vous vous arrêtiez ou non, et le mushaf le marque souvent d’un petit trait ondulé.

On distingue quatre catégories, selon que le soukoûn concerne un mot (kalimi) ou une lettre isolée (harfi), et selon qu’il est lourd, avec une chadda (mouthaqqal, « alourdi »), ou léger, sans chadda (moukhaffaf, « allégé »).

Pour le lâzim harfi mouthaqqal, il faut que le nom de la lettre s’écrive avec trois lettres et que celle du milieu soit une voyelle longue. Il faut aussi que la troisième se fonde dans la lettre qui suit, ce que le moukhaffaf ne fait pas.

Le mot آلْآنَ apparaît aussi dans la sourate Yoûsouf, verset 51 (الْآنَ حَصْحَصَ الْحَقُّ), mais la phrase est alors affirmative et non interrogative, si bien qu’il s’agit d’un simple madd badal de 2 temps.

Le madd farqi, la prolongation qui distingue une question d’une affirmation

Une prolongation de 6 temps permet de distinguer la question de l’affirmation lorsque la hamza d’interrogation précède l’article « al » ou le nom d’Allah, et on l’appelle le madd farqi, la prolongation « de différenciation ». Il faut le tenir 6 temps, sans exception, dans آلذَّكَرَيْنِ (sourate Al-An’âm, verset 143), آللَّهُ أَذِنَ لَكُمْ (sourate Yoûnous, verset 59), آلْآنَ (sourate Yoûnous, verset 91) et آللَّهُ خَيْرٌ (sourate An-Naml, verset 59).

Comment lire les lettres séparées du début des sourates ?

Vingt-neuf sourates débutent par une ou plusieurs lettres isolées, comme الم (sourate Al-Baqara, verset 1), كهيعص (sourate Maryam, verset 1) ou حم عسق (sourate Ach-Choûrâ, versets 1 et 2). Vous lisez chaque lettre par son nom, par exemple « alif, lâm, mîm » pour الم, et vous lui appliquez la durée qui correspond à ce nom.

Certains mushafs facilitent la lecture avec une petite vague sur les lettres à tenir 6 temps et une petite apostrophe sur celles à tenir 2 temps, comme au début de la sourate Maryam. Les lettres de 6 temps suivent la règle du lâzim harfi, et celles de 2 temps la règle de la prolongation naturelle.

Le cas particulier de la sourate Al-Imrân

Au début de la sourate Al-Imrân, le mîm de الم rencontre le alif de liaison de اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ (verset 2), et on lit ces deux versets de trois façons.

Lire aussi :  Explications des règles du mîm et du noûn mouchaddatayn

Tableau récapitulatif des prolongations du Tajwid

Recopiez ces durées près de votre mushaf pendant vos premières semaines de révision, jusqu’à ce qu’elles deviennent un réflexe.

ProlongationCe qui la déclencheDuréeExemple
Madd tabi’iAucune hamza ni aucun soukoûn autour de la lettre2 tempsالرَّحْمَٰنِ (Al-Fâtiha 1)
Madd badalUne hamza avant la lettre de prolongation2 tempsآمَنَ (Al-Baqara 285)
Madd ‘iwadUn arrêt sur un tanwîn fatha2 tempsضَبْحًا (Al-‘Âdiyât 1)
Sila soughraUn hâ’ pronom entre deux lettres vocalisées, sans hamza après2 tempsبِهِ نَقْعًا (Al-‘Âdiyât 4)
Madd tamkînDeux yâ ou deux wâw qui se suivent, dont un de prolongation2 tempsحُيِّيتُم (An-Nisâ’ 86)
MouttasilUne hamza dans le même mot4 ou 5 tempsجَاءَ (An-Nasr 1)
MounfasilUne hamza au début du mot suivant4 ou 5 tempsإِنَّا أَعْطَيْنَاكَ (Al-Kawthar 1)
Sila koubraUn hâ’ pronom suivi d’une hamza4 ou 5 tempsمَالَهُ أَخْلَدَهُ (Al-Houmaza 3)
‘Âridou as-soukoûnUn soukoûn dû à l’arrêt, juste après la lettre2, 4 ou 6 tempsالرَّحِيمِ (Al-Fâtiha 1)
LînUn arrêt sur un wâw ou un yâ sâkin précédé d’une fatha2, 4 ou 6 tempsقُرَيْشٍ (Quraych 1)
LâzimUn soukoûn obligatoire écrit dans le mot6 tempsالضَّالِّينَ (Al-Fâtiha 7)
FarqiUn alif après la hamza d’interrogation6 tempsآللَّهُ (Yoûnous 59)
Lettres séparéesLe nom de la lettre0, 2, 4 ou 6 tempsالم (Al-Baqara 1)

Comment reconnaître la prolongation à appliquer ?

Regardez la lettre de prolongation et ce qui l’entoure, puis suivez cet ordre :

Quelles erreurs corriger en priorité ?

Si vous êtes débutantes, voici les erreurs que vous faites surement :

Comment travailler les prolongations ?

Commencez par le madd tabi’i en repérant, sur une page du Coran, toutes les lettres de prolongation que vous tenez 2 temps. Ajoutez ensuite un type à la fois dans l’ordre du tableau, en comptant à voix haute avec vos doigts jusqu’à ce que la durée devienne un réflexe.

Écoutez aussi un récitateur au tartîl lent sur les mêmes passages, page en main, pour caler votre oreille sur les 4, 5 et 6 temps, puis faites-vous corriger à l’oral, car on raccourcit souvent une prolongation sans s’en rendre compte.

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Vos questions sur les règles de prolongations (tajwid)

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