
Le mîm et le noûn portent parfois une chadda, ce signe qui double la lettre à l’oral. Ce cas est différent du noûn as-sâkina vu dans l’article précédent, où la lettre porte au contraire un soukoûn, l’absence de voyelle. Les deux se nasalisent, mais pas pour la même raison ni de la même façon. Ayacademia vous explique le « mouchaddatayn », la règle qui s’applique au mîm et au noûn redoublés, sa durée exacte, les mots du Coran où vous la croiserez le plus souvent, et comment faire la distinction avec le noûn as-sâkina.
Sommaire
Le mîm et le noûn mouchaddatayn, de quoi parle-t-on ?
Mouchaddatayn est un duel arabe, il désigne les deux lettres prises ensemble, le mîm et le noûn, quand chacune porte une chadda (ـّـ). Ce petit signe en forme de w au-dessus de la lettre veut dire qu’elle est redoublée, prononcée deux fois sans interruption.
À l’origine, une lettre redoublée est composée de deux lettres identiques, la première portant un soukoûn, la seconde une voyelle brève. L’écriture coranique les fusionne en une seule lettre marquée d’une chadda pour ne pas les écrire deux fois. Un mîm mouchaddah reste donc, à l’origine, composé de deux mîm, le premier sans voyelle et le second vocalisé. Un noûn mouchaddah suit le même principe avec deux noûn.
La règle, une ghounna obligatoire de deux temps
D’après le poème al-jazariya de l’imam Ibn Al-Jazary, tout mîm et tout noûn redoublés se prononcent avec une ghounna, une nasalisation qui passe par le nez. Contrairement aux règles du noûn as-sâkina, celle-ci ne dépend d’aucune lettre suivante, elle s’applique de la même façon partout dans le Coran, sans exception.
La durée à tenir est de deux temps, harakatayn. Un temps correspond au moment de plier ou déplier un doigt, une mesure simple à utiliser pour s’entraîner seule avant de la caler à l’oreille sur un récitateur.
Le mîm mouchaddah
Sur un mîm redoublé, vous posez les deux lèvres l’une contre l’autre sans les presser et vous laissez résonner le son dans le nez pendant deux temps avant de relâcher. Dans فَجَعَلَهُمْ كَعَصْفٍ مَّأْكُولٍ (sourate Al-Fîl, verset 5), le mîm de مَّأْكُولٍ porte cette chadda. Vous le retrouverez surtout dans deux mots très fréquents du Coran, ثُمَّ (thoumma, « puis ») et أَمَّا (ammâ, « quant à »), qui portent systématiquement cette règle où qu’ils apparaissent.
Le noûn mouchaddah
Sur un noûn redoublé, la pointe de la langue se pose à la racine des incisives supérieures, comme pour un noûn ordinaire, mais vous tenez la nasalisation deux temps pleins avant de continuer. Dans مَلِكِ النَّاسِ (sourate An-Nâs, verset 2), le noûn de النَّاس porte cette chadda. C’est aussi le cas d’un des mots les plus fréquents du Coran, إِنَّ (inna, « certes »), ainsi que ses dérivés أَنَّ (anna, « que ») et لَكِنَّ (lakinna, « mais »).
| Lettre redoublée | Origine | Règle | Durée |
| Mîm mouchaddah (مّ) | Deux mîm fusionnés | Ghounna | 2 temps |
| Noûn mouchaddah (نّ) | Deux noûn fusionnés | Ghounna | 2 temps |
Quels sont les mots fréquents où repérer cette règle ?
Certains mots sont utilisés des centaines de fois dans le Coran et portent toujours un mîm ou un noûn mouchaddatayn. Les reconnaître à l’écrit fait progresser bien plus vite que d’attendre de tomber dessus au hasard d’une page.
- إِنَّ (inna), « certes, en vérité » ; noûn mouchaddah.
- أَنَّ (anna), « que » ; noûn mouchaddah.
- لَكِنَّ (lakinna), « mais » ; noûn mouchaddah.
- أَمَّا (ammâ), « quant à, pour ce qui est de » ; mîm mouchaddah.
- ثُمَّ (thoumma), « puis, ensuite » ; mîm mouchaddah.
Les erreurs que font beaucoup d’étudiants
Les débutantes butent presque toutes sur les mêmes erreurs, autant les connaître à l’avance.
- Couper la ghounna avant la fin des deux temps, surtout en fin de verset ou juste avant une pause.
- Confondre un noûn mouchaddah avec un noûn as-sâkina ordinaire et lui appliquer par réflexe l’izhâr ou l’ikhfâ’.
- Ne pas appuyer suffisamment sur la lettre redoublée, ce qui l’efface presque à l’oral.
- Relâcher le nasillement trop tôt sur le mîm en fin de mot, avant même la voyelle qui suit.
Ne pas confondre avec le noûn as-sâkina
Un noûn as-sâkina reste une lettre isolée qui porte un soukoûn, sa règle varie entre clarification, assimilation, substitution et dissimulation selon la lettre qui suit. Un noûn mouchaddah n’est jamais seul, il vient de la fusion de deux noûn et porte une chadda, pas un soukoûn. Sa règle ne varie pas, c’est toujours une ghounna de deux temps, quelle que soit la lettre suivante.
- Noûn as-sâkina, porte un soukoûn (نْ), la règle dépend de la lettre suivante, 4 résultats possibles.
- Noûn mouchaddah, porte une chadda (نّ), vient de deux noûn fusionnés, une seule règle, toujours la même.
À l’écrit, le signe tranche, un petit rond au-dessus de la lettre pour le soukoûn (ـْـ), une sorte de w couché pour la chadda (ـّـ). À l’oreille, les deux passent par le nez, mais la tenue du mouchaddah est plus appuyée, plus posée.
Comment travailler la règle du mîm « وٌّ » et du noûn « نٌّ » mouchaddatayn ?
Reprenez une page du Coran et entourez chaque chadda posée sur un mîm ou un noûn. Récitez cette page lentement en comptant vos deux temps à voix haute, puis mentalement une fois le réflexe pris. Vous pouvez aussi écoutez aussi un récitateur au tartîl lent sur les mêmes passages, page en main, pour caler votre oreille sur la bonne durée, et faites-vous corriger à l’oral, on croit souvent tenir deux temps complets alors qu’on la coupe à moitié.
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Vos questions sur le mîm et le noûn mouchaddatayn
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